Bio Is The New Black #6 - Entretien avec Anne-Lyse Renon, Design graphique dans les pratiques de la science 🧪

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Bio Is The New Black #6 - Entretien avec Anne-Lyse Renon, Design graphique dans les pratiques de la science 🧪

Cet épisode de Bio Is The New Black a été enregistré en ligne le 20 novembre 2020. Nous y interviewons Anne-Lyse Renon, maître de conférences en design graphique au laboratoire Pratiques et Théories de l'Art Contemporain à l’Université de Rennes 2. Nous explorons à travers la vision, l’objectivité et l’investigation, l’apport du design graphique aux pratiques scientifiques. Nous voyons dans les images de la science des héritières que l’on doit interroger et qui font partie de l’histoire du design graphique.

Dans cette release de CPU :

Des instruments scientifiques

Une objectivité féministe

Des images qui hantent la science

La science qui hante le design

Notre invité est Anne-Lyse Renon, enseignante-chercheuse en design et nous allons parler du design dans les pratiques scientifiques.

L'équipe aujourd'hui : Elise Rigot & Dascritch

Une version longue de l'interview diffusée dans l'émission est disponible ici.

Documentation 📎

🎵 Musiques

  • Air, Clouds Up, Album The Virgin Suicides (2000)
  • Ibeyi, Away Away, Album Ash (2017)
  • Louis Armstrong, West End Blues (1928)

🎚️ Fonds musicaux :

  • Amon Tobin - Natureland (extrait de album Supermodified , sorti en 2000
  • Alio Die & Amelia Cuni, Ambhas

Paillasse du design : Hériter de nos images 🗺️🌳

Au bord du promontoire, tu hisses ton corps. Tu esquisses un premier plongeon. Autour de toi, des images, et chacune d’entre elle a sa matérialité propre. Certaines sont des esquisses qui tentent de saisir l’essence de l'objet représenté.

Il y a les formes des abysses, des éléments invisibles et insaisissables à notre échelle, il y a des courbes, des tableaux, des modèles, les coupes anatomiques de Vinci, la perspective d’Alberti, les diagrammes de Flusser, les schémas de Mendini, le plan de l’objet technique, et le dessin d’intention.

Nous sommes les héritiers de ces images, de ces modes de représentations, de ces modalités expressives de formes de voir le monde. En hériter est une tâche*. Nous héritons des théories scientifiques, des divisions de la pensée moderne, nous héritons des gestes qui nous ont précédés. Dire cela, c’est commencer à appréhender notre manière de saisir cet héritage.

Pour parler de nos ancêtres, une image connue en biologie est celle de l’arbre. A chaque branche, se situe l’histoire d’une espèce, et au nœud de l’arbre, une parenté commune. C’est l’arbre de la vie dessiné par le biologiste Ernst Haeckel. Aux racines de celui-ci se positionnent les animaux primitifs, plus loin, les animaux invertébrés et avec eux, les éponges, les insectes, quelques branches plus hautes, un oiseau, puis un singe. Et à la cime de l’arbre : l’humain. La métaphore n’est pas innocente. Nos métaphores ne sont pas innocentes. Si la présence de cet écosystème pourrait montrer que c’est en tant qu’organisme entier que l’arbre se tient ; une lecture occidentale, nous montre bien l’illusion de supériorité de l'arbre : l’homme devient le produit abouti de l’évolution, son chef d'œuvre. Pourtant, chacune des espèces continue d’évoluer dans le temps, conjointement. Nous pourrions tenter de lire la chose comme ce qui fait partie de nous : ce sont les éponges, les oiseaux, les insectes, les primates. Nous rappeler comme le fait Morizot** qu’à chaque fois que nous salons notre assiette, nous ne faisons que reconstituer notre milieu d’origine, celui des éponges et des anémones de mers : nous avons besoin de ce milieu salé pour vivre et celui-ci nous vient de ces organismes dont nous avons hérité. L’arbre de la vie se transforme dans les dessins de Darwin en un fragment de squelette corallien. Les théories scientifiques exigent un héritage, un sol commun, sur lesquelles elles puissent pousser : une histoire en somme. Le vocabulaire des images scientifiques soutient, prolonge, illustre, constitue ou participe à la création de ces récits. Ainsi, l’objectivité apparente de la science et de ses appareils, censée représenter le réel tel qu’il est, ressemble de plus en plus à une manière de s’éloigner des gestes des designers ou des artistes, du geste du dessin pour laisser la responsabilité des images aux appareils.

Pourtant, dans les empreintes de Donna Haraway, sur notre sol commun fait de ruines et d’humus, une objectivité alternative existe. C’est l'objectivité féministe, celle d’un savoir situé dans laquelle aucune vision n’est passive, ni innocente.

Nous, qui participons à ces images, faisons partie de cette histoire.

Bienvenue dans Bio Is The New Black.

* (Haraway) Despret, Vinciane. 2013. « En finir avec l’innocence. Dialogue avec Isabelle Stengers et Donna Haraway in Dorlin, Elsa. 2012. Penser avec Donna Haraway. Presses universitaires de France. 22–45.

** Baptiste Morizot, Manières d’être vivant: enquêtes sur la vie à travers nous, Éditions Actes Sud, 2020

Interview intro

Bio Is The New Black invite artistes, designers, philosophes, scientifiques et ingénieurs à explorer les multiples questions éthiques, critiques et de créations qui se posent avec les technologies de bio-fabrication.

Aujourd’hui, nous partageons une interview avec Anne-Lyse Renon. Nous sommes chez nous, pas très loin des quais de Tounis à Toulouse. Anne-Lyse se situe plus loin, à Rennes.

😎 Anne-Lyse, tu es :

  • graphiste de formation
  • maîtresse de conférence à Rennes
  • une des premières fondatrice de l’association Design en Recherche (merci pour ça !)
  • Investigatrice de la vision

Première partie : Un regard sur les images de la science 👁️

Anne-Lyse, tu as exploré dans tes recherches de multiples embranchements qui tricotent entre eux les modes de représentation de la science - disons des pratiques scientifiques - et le design. Ce travail de noeuds et de maillages t’amènes à côtoyer tout autant la philosophie des techniques, les sciences et technologies studies, la sociologie des sciences, l’anthropologie, la culture visuelle des sciences entre autres choses, j’imagine qu’il n’a pas dû être facile d’apprendre à naviguer entre ces différentes disciplines et pratiques. Tu as eu la chance de croiser sur ta route des figures importantes, je pense à Bruno Latour et à Peter Galison avec qui tu as travaillés. Tu es aujourd’hui maîtresse de conférence au laboratoire Pratiques et Théorie de l'Art Contemporain de l'université Rennes 2 et adjointe scientifique à la Haute Ecole d'art et de design de Genève, HEAD - Genève.

Un ouvrage de couleur chaleureuse est recemment paru. Il retrace de manière synthétique les questions que tu posais dans ta thèse que tu as faite à l'école des hautes études en science sociale est obtenue en 2016 : Design et esthétique dans les pratiques de la science. L’ouvrage s’appelle Design & Sciences. Le sujet est vaste, audacieux, ambitieux. Au moment où tu as commencé ta thèse en 2010, les thèse en design n’était pas monnaie courante, et le moins qu’on puisse dire est que ce sujet n’était pas aussi répandu et discuté qu’il l’est aujourd’hui. Tu fais partie des intellectuelles qui ont fait ce travail de débroussaillage de savoir ce qui compte,ce qui importe à mettre dans la balance pour évaluer design & science côte à côte. Tu entres de fait dans un travail d’enquête, d’investigation.

La première chose que j’aimerai aborder avec toi est ta réflexion sur le regard, la vision, à travers ce terme d’objectivité. Pourquoi déjà, est-ce important de se questionner sur l'objectivité depuis le point de vue de quelqu’un du design, puisque, bien que tu ne te définisse pas comme designer, tu viens résolument de ce champ là ?

Lecture : Voir le voir📙

« Dans l’activité de « représenter ce que l’on regarde », la difficulté ne réside pas tant dans l’exercice de copie des formes, que dans la difficulté de les percevoir. Rendre visible par la trace du crayon nécessite un effort de concentration, d’attention et de mémoire. Mais cela nécessite également de se plonger dans la structure de la chose que l’on souhaite représenter (cela implique éventuellement un changement d’outils, et dépend aussi des propriétés des supports, etc.) L’illustration médicale est à ce titre particulièrement intéressante. Cette utilisation à vocation didactique du dessin attire de nombreux collectionneurs et institutions autant pour son intérêt scientifique que pour ses qualités formelles. Certaines de ces œuvres ont été abondamment diffusées et commentées.

Le dessin a longtemps été collé à l’artisanat, art « mineur », et l’utilisation de l’illustration a diminué non seulement dans les sciences sociales, mais également dans les domaines scientifiques de diverses disciplines, de la biologie à l’architecture, notamment via le contexte euro-américain après les années 1970. C’est l’époque où la « modernisation » a envahi les laboratoires scientifiques, donnant accès à des ordinateurs, à des appareils photographiques et à des technologies de l’imagerie. (Kuschnir 2016). Or, le dessin, y compris via les nouvelles technologies d'imagerie est une manière de faire de la recherche visuelle. Dessiner contribue à la recherche et vice-versa : faire de la recherche contribue à dessiner le monde qui nous entoure : accessibilité, mémorisation, temporalité, spatialité, perception visuelle, outil de captation, de médiation, méthode de participation et de partage de résultats. [...] Taussig déplore que le dessin soit considéré par la culture occidentale comme une activité secondaire, secondaire à l’écriture, même dans les écoles d’art. Ce qu’il considère être l’essentiel du dessin est qu’il nous « conduit à voir ». Inspiré par John Berger, Taussig soutient que le dessin s’intègre à l’écriture dans les notes ethnographiques, à la manière d’une conversation. Berger est un des auteurs fondamentaux de cette approche selon laquelle « dessiner, c’est découvrir », qu’il énonce déjà en 1953 dans un article du New Statesmann, et qu’il développe notamment dans la série Voir le voir (1976). Pour Berger, une ligne tracée est importante non pas pour ce qu’elle capture, mais pour ce qu’elle vous donne à voir. »

  • Anne-Lyse Renon, Design & sciences, 2020 pp. 17-19

Deuxième partie : Objectivité des savoirs scientifiques 🔬

Triple objectivité : objectif (but) objectif (opposé à subjectif) objectif (de l'appareil photo) - d’après Citton.

J’aimerai aborder avec toi quelque chose que j’éffleure dans l’introduction de cet épisode, sur la nécessité d’une objectivité féministe, telle que décrit par Haraway dans son manifeste du savoir situé. Au fond, le constat est porté sur la recherche qui tente de séparer une science qui serait pure, objective, dégagée de l'opinion générale. D’après Stengers ce partage entre objectivité d’une part et ce qui compte de l’autre part est dommageable. Elle propose ainsi un passage à la pluralité et parle de sciences avec un “s”. Je voulais avoir un retour avec toi concernant cette chose là, car je crois effectivement qu’il paraît opportun de parler de sciences avec un “s” quand on pense à la situation de ces dernières et à leurs pratiques. Je pense que c’est important également parce que nous qui sommes dans le design, au fond, je crois que nous sommes du côté des questions qui compte, des opinions et assez peu dans la question de la recherche pure - quoi que nous pourrions en discuter tu montres bien que le point de vision importe dans la façon même de poser les questions scientifiques et c’est ce que disent également les féministes.

Troisième partie : Design as knowledges 🕵️

Il y a je crois, un terme qui revient en ce moment, c’est celui d’enquête. Robin de Mourat vient de publier sa thèse qui s’intitule Le vacillement des formats : Matérialité, écriture et enquête : le design des publications en Sciences Humaines et Sociales où l’on retrouve cette pratique ; David Benqué, le premier invité de Bio Is The New Black, travaille lui-même sur des formes d’enquête diagrammatique. Je pense aux travaux de Vinciane Despret, à ceux de Nicolas Nova, etc. Je crois qu’il y a dans ce terme, il me semble que tu utilise un terme également assez proche, celui d'investigation, il y a dans ce terme quelque chose qui rapproche un champ de la découverte et une pratique du design situé, et au fond une recherche de connaissance ou de façon de connaître par les outils du design : l’observation, l’enquête de terrain, et la projection, qui est souvent une projection collective comme c’est le cas des pratiques de design participative. Comment est-ce que tu perçois cette pratique de l’enquête actuellement ?

Conclusion 🤳

Nous remercions chaleureusement Anne-Lyse Renon, cet épisode a été enregistré à distance en novembre 2020.

Pour ce sixième épisode de la série Bio is the new black, l'équipe est composée de :

Elise Rigot & Dascritch

La release a été shippée avec les moyens techniques de Bio is the new black et de CPU.

L'intégralité du programme, des extraits et nos sources sont disponibles sur le site cpu.pm sur la page de l’émission cpu.pm/166 et sur la plateforme Ausha, vous pouvez commenter et partager. Les chroniques et interviews sont en licence libre c'est donc là pour ça !

Si vous nous écoutez sur radio FMR le jeudi, il est midi, nous cédons l’antenne à Monique Blanquet.

On vous retrouve dans 15 jours, la semaine prochaine radio FMR se déconfine pour le festival Rio Loco.

La programmation musicale est de Elise Rigot.

13 эпизодов